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L'art de la parole écrite

Articles, interviews, portraits

Kareen Guiock, présentatrice du 12:45 sur M6

Publié le 21 Juin 2015 par Maya Meddeb

Kareen Guiock, la valeur sûre de M6!

Présentatrice du journal Le 12:45 sur la chaîne M6 depuis 2012, Kareen Guiock, d’origine antillaise est un élément incontournable du PAF actuel.

Cette spécialiste de l’information qui a écrit son premier article à l’âge de treize ans est une autodidacte dans l’âme. A peine majeure, elle prend la tête de la rédaction d’un magazine de 80 pages, préférant par la suite poursuivre des études en philosophie qu’en journalisme. Grâce à des rencontres qui vont être déterminantes, elle va tour à tour travailler pour RFI, Tropiques FM avant de rejoindre la chaîne M6 en 2001 où elle défile aux commandes des plus belles voitures d’exceptions dans l’émission Turbo …. Cette passionnée d’automobile prend au fil des saisons du galon au sein de la chaîne où après avoir animé la rubrique pédagogique et interactive “expliquez-nous” dans le 19:45, et remplacé une année plus tard le présentateur, Xavier De Moulin lorsque ce dernier s’absente, elle prend seule les commandes, en 2012, du journal 12:45.

M6 n’est pas prêt de se séparer de Kareen Guiock qui réunit plus d’un million de téléspectateurs tous les midis. La raison de ce succès provient de sa manière bien à elle de présenter les informations, avec un ton chaleureux et un style à la fois sobre et moderne.

Amina est allée à la rencontre de Karren Guiock qui a toujours une longueur d’avance….

Pouvez-vous nous parler de votre parcours ?

Il est atypique. J'ai débuté très jeune. J'avais 13 ans quand j'ai écrit mon premier article et je n'ai pas arrêté depuis. Je me suis même offerte le luxe de préférer une fac de philo à une école de journalisme. C'est dire comme je ne voulais pas entrer dans un cadre. Mon parcours est fait de rencontres déterminantes. Claudy Siar, d'abord en 1996. Je l'ai rencontré à Média Tropical. A l'époque j'étais la rédactrice en chef, à peine majeure, d'un magazine papier mensuel de 80 pages, vendu en kiosque. J'ai travaillé avec lui sur RFI. Avant de me retrouver sur une chaîne africaine du satellite en 2000. Je m'étais présentée au casting d'une émission musicale. J'ai été retenue pour présenter le 20h! Il y a eu ensuite Dominique Chapatte qui, après 5 mn d'entretien, m'a embauchée à Turbo. C’était en 2001. Mais mon arrivée à la rédaction nationale, je la dois à Vincent Regnier, aujourd'hui président de CProd. C'est le premier à s'être dit que j'y avais ma place. Après un casting interne, c'est allé très vite. Chroniqueuse en 2010 dans le 19.45, puis joker de Xavier de Moulin l'année suivante et enfin le 12.45 en titulaire, à partir de 2012.

Depuis 3 ans, vous êtes présentatrice du JT 12 : 45 sur M6. Quelle est votre semaine type ? Comment choisissez-vous les sujets à traiter ?

Contrairement à ce que l'on pourrait penser, présenter un JT de mi-journée du lundi au vendredi est un sacerdoce. C'est une routine faite d'imprévus, oxymore authentique. Le plus simple est de vous décrire une journée-type. Je me lève à 5:30 tous les matins, j'écoute l'actu, je jette un coup d'œil sur le net. La réunion de rédaction est à 7:30. C'est au cours de cette réunion que le conducteur du journal est défini. La seule pause de la matinée est juste après cette réunion. A partir de 9:00, je me mets vraiment à l'écriture. Le marathon commence. Tout peut changer, bouger, il faut s'adapter. Ça suppose une grande concentration. Etrangement, le calme revient pour moi quand je pars au maquillage. Les maquilleurs et coiffeurs n'ont parfois que 5 mn, selon le déroulé de la matinée pour faire des miracles. Je suis en plateau à 12:40. Les répétitions sont très limitées. Après le JT, il y a le debrief, une petite pause déjeuner et une réunion de prévisions pour caler les sujets qui peuvent être anticipés. Et c'est comme ça tous les jours. Quant au choix des sujets, il y a des évidences, l'actu forte du jour. La vocation de ce JT est d'être concis, complet et concernant. Le hard news en première partie, et le magazine en 2ème partie avec des thèmes conso, féminins, ou miroir.

L’Information a connu un vrai bouleversement: distillée par tous et partout avec l’émergence de réseaux sociaux qui a facilité et accru considérablement le flux d’informations. Quel regard portez-vous sur cette évolution ? Comment une chaîne comme M6 s’est adaptée à cela ?

Mon point de vue n'est pas très académique sur la question. En tout, la concurrence est salutaire mais souvent hélas, elle appauvrit l'offre. En être conscient c'est veiller justement à ne pas tomber dans le travers du suivisme. Il y a l'actu évidente comme je vous le disais que tous les médias vont traiter parce qu'elle s'impose, mais l'identité du JT est aussi d'être très ouverte. Nous sommes très éclectiques sur les sujets abordés. Aujourd'hui, le téléspectateur est surinformé, il faut donc l'aider à comprendre, à décrypter l'info. Et c'est ce que nous faisons. C'est même l'ADN de ce JT d'être différent. M6 a révolutionné les codes: l'horaire, présenter debout avec un iPad, c'est un journal très chapitré proche des magazines papier. La formule était la bonne puisqu'aujourd'hui, elle est copiée par nos confrères.

Vous êtes en direct tous les midis en semaine avec une audience avoisinant les 1 millions de téléspectateurs. Comment gérez-vous la pression du direct ?

L'audience moyenne est d'1,3 millions de téléspectateurs pour être précise. Je n'ai pas du tout de pression du direct. C'est un moment de concentration, d'apaisement, de plaisir pour moi. Après une matinée stressante, il faut absolument évacuer les tensions pour être à l'aise et accompagner, sans interférence, celui qui regarde. C'est une question de principe. Ensuite, je me fie totalement au chef d'édition, je m'adapte à tous les changements en direct. Etre souple, c'est fondamental. Go with the flow, c'est la règle. La seule fois où j'ai eu le trac, c’était avant mon tout premier JT au 19.45 en juillet 2011. Comme à mon habitude, j'étais honorée mais assez détachée. Or ça angoissait mes proches. Ils avaient le sentiment que je ne prenais pas la mesure de l'enjeu. Résultat, ils m'ont mis la pression, alors que je ne l'avais pas. Le secret, que ce soit pour un JT ou n'importe quelle prise de parole, c'est de ne pas du tout penser à soi, à l'image qu'on renvoie. Ne pas se demander ce que les autres vont penser, si la tenue est jolie ou pas, si X ou Y regarde. Surtout, ne pas être sur soi mais sur ce que l'on doit transmettre. C'est ce qui permet d'être naturel.

Quel est votre meilleur moment TV ?

Au 12.45 ou plus largement? Les bons moments, ce sont les chouettes nouvelles que l'on doit annoncer. Mine de rien, ça passe par mon corps, par ma voix. Donc les bonnes nouvelles me font du bien aussi. J'ai vécu des moments extrêmement drôles lorsque j'étais à Turbo. Des essais hilarants avec Safet Rastoder, notamment, qui co-présente aujourd'hui Turbo. Mais je n'ai pas un exemple précis qui me vient en tête.

Et le moins bon ?

C'était récemment. Un chat dans la gorge. Ça c'est horrible. J'avais eu le malheur d'exploser de rire à la fin d'un sujet très drôle, juste avant de reprendre l'antenne et là l'étouffement. Je crois qu'il n'y a rien de pire. Un puissant moment de solitude. En ce qui concerne le JT, objectivement et heureusement, il n'y a pas de catastrophe. C'est une machine très bien huilée, presque sans surprise. Le pire, ce sont toujours les nouvelles elles-mêmes. Des meurtres d'enfants, des crimes atroces, des attentats, des crashes. Le début de l'année 2015 a été extrêmement éprouvant pour moi émotionnellement. J'ai souvent pleuré en sortant du plateau. J'ai beau avoir de la distance, voire du cynisme parfois, je suis témoin tous les jours de ce dont les hommes sont capables. C'est impossible pour moi de ne pas être percutée par l'horreur.

Vous êtes ambassadrice depuis 2012 de l'Association Pour l'Information et la Prévention de la Drépanocytose (A.P.I.P.D). Pourquoi avoir choisi cette association ? Quelles actions y sont menées ?

La drépanocytose est la première maladie génétique au monde. Elle touche principalement les populations du sud, dont je suis issue. C'était une évidence pour moi d'accepter ce rôle de marraine, de démontrer que tout ce qui touche ces peuples me touchent. J'ai connu jeune la drepa, pour avoir eu un camarade de classe , en Guyane qui en souffrait. Ma mère qui est enseignante a perdu une de ses élèves, il y a 2 ans. La petite Noémie que je connaissais bien. Une de mes collègues aussi est drepa. Elle est proche de la retraite. Ce sont toutes ces histoires qui doivent être dites. Elles témoignent de la brutalité de cette maladie mais aussi font naître l'espoir. L'association organise de nombreux événements à l'attention des enfants, comme les arbres de Noël, et des manifestations pour lever des fonds. L'objectif: soutenir la recherche. Cette maladie touche 50 millions de personnes dans le monde, elle est pourtant peu médiatisée en Occident.

Vous êtes une des rares femmes noires à travailler dans un média mainstream et la seule à présenter un journal quotidien sur une grande chaîne. Comment expliquez-vous ce manque de représentativité dans les médias principaux ?

Vous oubliez Patricia Louison sur France 3 et Sophie Gastrin dans Telematin sur France 2. Si on se limite aux chaînes nationales, ce n'est pas faux mais il faut élargir aux chaînes info, à la TNT qui n'ont pas moins de valeur aux yeux des téléspectateurs. Et là, quand même il faut reconnaître que les choses bougent. Entre Audrey Pulvar, Harry Roselmack, Ali Badou, Karine Lemarchand, Sébastien Folin, Aida Thouihri, Ele Asu, Kady Adoum, Samira Ibrahim, SYLVERE Henri Cissé, Alicia Fall, Laurence Roustandjee, je ne peux pas tous les citer, mais la liste commence à s'allonger. Pour les magazines et l'info, les chaînes de télévision ont mis à l'antenne de nouveaux visages, ont démontré qu'elles avaient reçu le message. S'agissant de M6, la chaîne est un modèle en la matière et depuis son lancement avec des émissions animées par Claudy Siar, Magloire, Charly Nestor, Vincent Mac Doom etc... Aujourd'hui, cette question pour la télévision est devenue un débat d'arrière-garde, de mon point de vue. Ce n'est pas un phénomène mais une tendance de fond et ça continuera. L'émergence de personnalités comme Rokhaya Diallo le démontre. En revanche, en ce qui concerne la fiction ou plus largement les freins dus à la couleur de peau dans la société, c'est plus que révoltant.

Vous êtes également chanteuse et compositeur. Parlez-nous de cette deuxième passion ?

J'y travaille depuis longtemps, mais évidemment, mon rythme actuel est très exigeant. Le projet avance doucement. Il se redéfinit justement sur le style, c'est la magie des chansons. Qu'à l'arrivée, le genre soit pop, soul ou jazz, si les chansons ont une âme, elles touchent. Ça fait plus de 15 ans que je chante, que j'enregistre des choses, que je fais de la scène. 25 ans que j'écris et compose. J'ai travaillé avec beaucoup de musiciens comme Dominique Fillon, Jean- Philippe Dary, Dominique Bernier. J'ai écrit pour La chanteuse Saya, au début des années 2000, fait des duos avec Thierry Fanfant, Dominik Panol, Chico Siméon. Aujourd'hui, je travaille avec Vibe et beaucoup toute seule chez moi, avec ma guitare et mon ordinateur.

Quel est votre rapport aux Antilles ?

Fusionnel. Les Antilles sont mon repère. Mes parents y vivent. J'y vais 2 à 3 fois par an. Il est indispensable pour moi d'honorer ces terres labourées par mes ancêtres, gorgées de leur sang, de leur douleur, de leur désespoir. Etre antillaise, c'est porter une histoire très lourde mais le vivre avec légèreté. Elle m'a imposé l'universalité cette histoire, l'ouverture aux autres, la bienveillance et l'objectivité. Elle m'a imposé aussi de faire le point avec mon identité, de la chérir et de chérir chaque millimètre de ce que je suis, héritage de ceux qui ont survécu et doivent enfin être aimés. Je suis le fruit de toutes ces femmes, de tous ces hommes de ma lignée. Mon attachement aux Antilles est le moindre des respects que je peux leur témoigner.

Quels sont vos projets ?

J'ai plein de projets en lien ou non avec la télévision, mais il faut établir des priorités. Je n'ai pas encore tranché.

Signé Elodie Duceau Serrurier
Signé Elodie Duceau Serrurier

Signé Elodie Duceau Serrurier

Commenter cet article

Laurent 01/09/2017 13:25

Magnifique témoignage cela fait que de la rendre que plus humaine, intelligente ouverte d'esprit et altruiste et philosophe . Vraiment elle fait la fierté des Antilles :) Bravo à elle pour son professionnalisme, sa pertinence sa superbe personnalité et le maintient de son talent ! Merci d'exister vous et d'autres journalistes noires vous faites briller notre communauté. Vous m'inspirer !:)

lisa 20/10/2015 14:55

je ne savais pas qu'elle a ce parcours ! elle est une vrai professionnelle ! bonne continuation !
http://www.softesthetique.com/augmentation-mammaire-tunisie.php

Liska 09/08/2015 11:11

Un beau témoignage! Tu as les Antilles dans l'âme! Bonne continuation...