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L'art de la parole écrite

Articles, interviews, portraits

Avec « NGRTD », Youssoupha revient la plume légère !

Publié le 30 Juillet 2015 par Maya Meddeb

Youssoupha est un des rappeurs les plus talentueux de cette décennie. Avec des thèmes variés et des titres ciselés, le quatrième album de Youssoupha «NGRTD » sorti le 18 mai dernier atteste de sa maturité artistique. S’inscrivant dans la continuité de son précédent opus Noir D****, Youssoupha aborde son identité et le sens qu’il donne à la négritude ; mouvement littéraire et culturel créé par Aimé Césaire et Léopold Senghor. Tout un symbole pour cet homme qui a découvert l’écriture avant le rap. Ce génie de la langue française a cette particularité de savoir si bien sublimer les mots que chacune de ses rimes se transforme en un message percutant. Youssoupha fait partie de cette mouvance contemporaine de rappeurs-poètes qui ont un écho positif au-delà des frontières culturelles et sociales.

Dans le cadre du Festival Hip Hop, Amina est allée à la rencontre de ce prodige du rap français.

Parlez-nous de votre nouvel album ? Pourquoi l’avoir appelé NGRTD (NEGRITUDE sans les voyelles) ?

J’ai découvert à ma grande « mauvaise » surprise que Négritude était une marque déposée. C’est une personne qui a déposé la marque pour des activités commerciales et artistiques. Pendant la promotion de mon album, J’ai reçu plusieurs lettres d’injonction de son avocat qui me demandait de payer si je voulais exploiter le nom Négritude. C’est dommage surtout que c’est un concept qui n’a pas été créé par lui, mais par des hommes qui ont marqué l’histoire : Aimé Césaire et Senghor.

C’est un album très personnel, ce n’est pas une encyclopédie sur l’identité noire. Bien sûr, elle est évoquée mais c’est mon sens à moi de la négritude, c’est mon identité qui est dans cet album. Les gens me suivent, viennent me voir en concert car j’ai toujours été authentique dans ma démarche : celle d’un jeune qui vient de Kinshasa, qui a grandi dans un quartier de banlieue en France. Ma négritude c’est une de mes meilleures qualités. Alors que pendant longtemps, on a voulu me faire croire que c’était mon défaut. En fait, j’ai voulu transformer ce qui pouvait être vécu comme un complexe en qualité, en fierté et en dignité. C’est une manière de retourner les choses. De toute façon on ne devrait pas exclure les gens en fonction de leurs identités. Ma négritude elle a commencé à exister à partir du moment où je suis arrivé en France. En Afrique, la question ne se posait pas.

Pourquoi êtes-vous venu en France ?

Je suis arrivé à l’âge de dix ans pour poursuivre ma scolarité dans de meilleures conditions. A Kinshasa, le système scolaire est plus incertain avec les crises successives qui frappent le pays, surtout à l’époque où j’y ai grandi.

La chanson « Niquer ma vie » est un message poignant à votre frère qui, au fond, vous a sauvé la vie ?

On est dans une société où on aime être manichéen : le bien d’un côté et le mal de l’autre. Moi j’ai appris à grandir et à m’élever dans la nuance. « Niquer ma vie » c’est un hommage à tous ceux qui ont finalement sauvé ma vie. J’ai grandi avec des amis et mon frère qui à maintes reprises m’ont donné le sentiment qu’ils me tiraient vers le bas. Aujourd’hui les gens m’acclament et viennent me voir en concert et c’est en partie grâce à eux. Autour de moi je connais des personnes bien plus brillantes que moi et parfois j’ai l’impression qu’elles se sont sacrifiées pour que j’aie cette carrière. Mon frère s’est mis dans des situations compliquées pour nous, il en a subi les conséquences. C’est un peu grâce à ses sacrifices si j’en suis là aujourd’hui. Donc c’est toutes ces nuances qui sont dans « Niquer ma vie ». On a tous des problèmes avec son conjoint, ses enfants ou ses collègues mais quand on va au fond des choses, il y a toujours quelque chose de bien à en tirer. C’est le sens de cette chanson.

Votre rap touche un large public en cassant les clichés underground ou « bling bling » du rap. Avez-vous conscience que vous rendez le rap plus accessible ?

Si c’est le cas tant mieux. Je fais du rap comme je le sens, sans la posture qui va avec et cela va dans les deux sens. Je tiens tellement à être en accord avec ma manière d’être que certains me reprochent d’être trop militant en appelant mon album négritude ou en faisant un morceau qui s’appelle Black Out ou le procès autour de la menace de mort d’Eric Zemmour et de l’autre côté, on va me dire que je suis trop ouvert. Mais en fait, je suis Youssoupha : je peux me balader dans une galerie Paris Hip Hop, aller en boîte de nuit ou à la mosquée. Je peux aller à Kinshasa comme à New York. Je côtoie des personnes totalement différentes : j’ai grandi dans une banlieue puis j’ai eu la chance de faire des études de communication à la Sorbonne. Je fais des concerts en banlieues comme à Clichy Sous-Bois dont je parle souvent dans mes musiques parce que c’est un quartier très ghettoïsé et je fais aussi l’Olympia. Je n’ai aucun problème avec l’univers élitiste.

Contrairement à d’autres rappeurs qui écrivent pour exprimer leurs révoltes contre le système, vous, au contraire vous véhiculez une joie de vivre par votre attitude et les messages de vos chansons (entourage, smile). Etait-ce une volonté de votre part de vous distinguer de ce qui se faisait déjà ?

Si c’est une démarche qui est sincère je n’ai aucun problème. Par exemple, Keny Arkana est dans une démarche altermondialiste et je comprends tout à fait. Elle a une foi et elle la défend. Black M est dans quelque chose de familial, grand public et il est bon dans ça. Il faut de tout pour faire un rap comme il faut de tout pour faire un monde. S’il n’y avait que du hip hop ou du jazz, on s’ennuierait. Quand il y a un peu de tout, c’est bien.

Est-ce que le rap n’aurait-il pas un rôle plus optimiste et ambitieux à jouer dans la portée symbolique des messages qu’il transmet aux jeunes de quartiers ?

Le sens de votre question me conforte dans ce que je pense. Je suis très ambitieux et j’essaie de faire des chansons qui élèvent. Un moment donné je dis « les jeunes sont très fiers de leurs départements comme si leur daronne tafait à la préfecture », c’était une manière de dire arrêtez avec vos délires 93, 94, moi je suis au-dessus de ça…. Un pote m’a avoué avoir été blessé par rapport à ce morceau car c’est là où il a grandi et où il vit. Et je comprends tout à fait. Après c’est sûr qu’il y a des rappeurs connus qui rappent comme s’ils étaient encore dans une cage d’escalier ou avaient 16 ans pour racoler les petits. C’est de la posture. Moi, j’ai 35 ans et j’ai un enfant.

Vous avez des textes empreints de philosophie et de jeux de mots. Extraits de la chanson Entourage :

Ils prétendent tous faire du lourd, alors je reviens léger comme une plume. L’histoire il y a ceux qui la lisent l’écrivent et ceux qui la font. Etre patient ce n’est pas attendre, c’est agir en attendant. J’écris des vers à moitié vide ou à moitié plein.

Est-ce que vous considérez le rap comme une forme de poésie musicale ?

Oui clairement. Je pense qu’on est les meilleurs auteurs de cette époque. Le rap est largement sous-estimé. Pour moi, Akhenaton, Nas, Arsenik ce sont des poètes absolus. On respecte la langue française : on la décortique, on la recrée pour la sublimer. Sur ces quinze dernières années, les meilleurs textes musicaux sont issus du rap : il y a un vivier d’auteurs impressionnants.

Comment expliquez-vous que le rap soit si souvent stigmatisé ?

Et d’où vous vient cette inspiration ?

Il y a un phrasé, un jargon qui vient de la banlieue. Mais la plupart des rappeurs savent mieux manier la langue de Molière que n’importe quel français moyen.

J’adore la langue française. A la base, je ne voulais pas rapper mais écrire. Depuis l’âge de 10 ans, j’écris. J’ai commencé en créant des petites chansons, des poésies et puis un jour j’ai découvert le rap. Je me suis dit « waouh, c’est spontané, direct, à la fois poétique et coup de poing et ça correspond bien à l’idée de mon genre d’écriture ». Un jour j’arrêterai peut être le rap mais je continuerai à écrire.

Quelles sont les musiques qui vous ont inspiré ?

Au début, j’ai été nourri par des musiques africaines. Après j’écoutais des musiques internationales comme Michael Jackson ou Madonna.

Vous avez créé un buzz autour de la chanson Entourage avec le lancement d’une application de partage : en 3 jours, elle a été partagée plus de 100 000 fois.

C’est sûrement dû au fait que je produis mes chansons. Nous sommes un label indépendant (Bomayé Musik) et comme on n’a pas trop les moyens, il faut avoir des idées qui puissent être relayées. Donc c’est sûr que nous optons pour une communication virale et tant mieux si cela permet de vendre des disques.

Dans votre nouvel album, quelle est la chanson que vous préférez ?

Mourir mille fois, c’est la chanson qui clôt l’album. C’est la première fois que j’ai eu l’impression d’écrire une chanson pour les gens et pas pour moi. Quand je l’écrivais je me disais je veux que tout le monde puisse la porter et se l’approprier.

Combien de temps mettez-vous pour écrire vos chansons ?

Ça dépend. Pour certaines, une séance studio me suffit et pour d’autres il me faut un peu plus de temps. La chanson entourage, je l’ai écrite en trois jours car quand ça coinçais, j’arrêtais, je me focalisais sur autre chose pour la reprendre ensuite. C’est élastique, ça peut prendre 24 heures comme deux semaines.

Quelles sont les dates de votre tournée ?

Cet été, je serai le 19 juillet à Dour en Belgique, le 15 août à Avenches et le 10 octobre à Lausanne en Suisse. A la rentrée, je vais me produire dans plusieurs villes en France (Reims, Saint-Etienne, Nîmes Rennes…) et le 10 novembre au Zénith de Paris. En 2016, je ferai une tournée internationale aux Etats-Unis, en Angleterre, en Afrique….

Quel est votre rapport aujourd’hui à Kinshasa, votre terre natale ?

J’ai un rapport très proche avec Kinshasa. J’y ai grandi, j’ai encore beaucoup de famille là-bas. C’est assez euphorique quand j’y vais car j’ai la chance d’être populaire. J’ai des projets là-bas mais comme je n’y vis pas, ça prend du temps.

Avec « NGRTD », Youssoupha revient la plume légère !
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lisa 20/10/2015 14:53

j'adore la zik qu'il présente !
http://www.softesthetique.com/liposuccion-tunisie.php