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L'art de la parole écrite

Articles, interviews, portraits

Nawell Madani, une humoriste qui claque!

Publié le 22 Octobre 2015 par Maya Meddeb

« C’est moi la plus belge », un mélange explosif d’humour et de danse !

Nawell Madani a tout pour elle : drôle, pétillante et talentueuse, elle est avant tout une artiste aux multiples facettes. Mêlant danse, show et stand up, son spectacle « c’est moi la plus belge », a connu un succès fulgurant. Débuté il y a deux ans sur la scène du théâtre Les Feux de la Rampe, il ne lui a fallu que trois mois pour se présenter dans une salle cinq fois plus grande : Le Palais des Glaces. La clé de sa réussite c’est d’avoir su parler d’elle avec humour et authenticité et où une grande partie de son public s’identifie à elle. « Je suis comme elles, je m’habille et je pense comme elles ». Cet humoriste 2.0, suivie par un million de personnes sur les réseaux sociaux réalise sa propre communication en postant régulièrement des vidéos sketches « Instawell ».

Nawell Madani se livre avec authenticité.

Vous êtes à l’affiche de la 5ème édition du Marrakech du Rire le 11 juin. C’est la première fois que vous participez à ce festival ?

Non c’est la deuxième fois, j’avais participé à la première édition mais c’est la première fois que je fais le gala TV et que je joue mon spectacle en entier.

Vos premiers pas en tant qu’humoriste ont été difficiles. Seule femme à intégrer la troupe du Jamel Comedy Club en 2011, vous avez subi les propos machistes de certains humoristes. L’humour est-il chasse gardée des hommes? Revenir quatre ans après au Festival du Marrakech du Rire est-il un pied de nez à vos détracteurs ?

C’est pareil partout, pas uniquement au Jamel Comedy Club. C’est un milieu masculin dans lequel les femmes n’ont pas vraiment leurs places. C’est un pied de nez aux professionnels en général, je prouve que la femme peut faire rire et qu’elle est légitime dans ce métier. Ça a été difficile parce que je suis une femme. Je suis une des premières à amener aussi loin un spectacle d’humour. J’ai fait l’Olympia en peu de temps, trois fois à guichets fermés. J’ai poussé des portes, et l’intérêt c’est que d’autres vont suivre. Il y a eu un vrai engouement et une curiosité autour de mon spectacle. Beaucoup de jeunes filles m’ont dit qu’elles ne pensaient pas pouvoir faire ce métier avant. Elles ne se reconnaissaient pas dans le type d’humour qui existait. Moi, je parle comme elles, « Hashtag… », Je m’habille comme elles. Il y a une certaine identification. Je fais partie de cette génération qui a une double culture. J’ai touché une nouvelle cible et cela va faire naître des vocations.

Dans votre spectacle, vous vous mettez à nue : Vous parlez de vos déboires, de vos débuts difficiles au Jamel Comedy Club, des rapports hommes-femmes et de votre famille.

Qu’est-ce qui vous a donné envie de vous raconter sur scène ?

Les gens veulent qu’on leur raconte des choses de façon sincère et authentique. Ce qui est personnel est universel, les gens se reconnaissent dans mes histoires. C’est le public qui m’a donné envie de parler de moi car plus je parlais de moi et plus les gens aimaient.

Vous êtes, comme vous aimez le dire, une humoriste 2.0. Est-ce les réseaux sociaux qui sont à la base de votre notoriété ou au contraire votre spectacle qui est à l’origine de votre succès sur le net ?

Je dirai que cela s’est fait parallèlement. J’ai voulu avoir un spectacle solide mais comme je n’étais pas assez présente médiatiquement j’ai fait ma propre communication. Je suis peut-être l’une des seules humoristes à être présente sur scène et sur le viral. Je fais beaucoup de sketches et de parodies sur les réseaux sociaux. Mes petites vidéos « Instawell » sont vues sur youtube par 200 000 personnes. Il y a 140 000 personnes qui me suivent sur Instagram, 560 000 sur facebook et 40 000 sur twitter. En tout, plus d’un million de personnes me suivent sur les réseaux sociaux.

Vous abordez tous les sujets sans tabou comme la virginité ou l’homosexualité. Avez-vous déjà eu des remarques par rapport à votre liberté de ton ?

Les gens me soutiennent, surtout en Algérie. Ils ont une vraie ouverture d’esprit. Je ne me censure jamais, quel que soit le pays où je me représente (Canada, Belgique, France, Algérie). Les gens ont une bienveillance envers moi. C’est important d’aborder des sujets comme la virginité et l’homosexualité. Je tiens à préciser que mon frère n’est pas homosexuel. Il est marié avec deux enfants. Mais comme il est grand et fort, j’ai voulu lui coller cette image. Elle sourit. La scène permet d’aborder tous ces sujets sans langue de bois. Si c’est bien ficelé, le public le reçoit bien. J’ai conscience que je suis sur un fil de rasoir tout le long du spectacle.

Vous alliez vos deux passions, la danse et l’humour, dans votre spectacle. Quels sont les artistes qui vous inspirent ?

J’ai grandi avec Michael Jackson. C’était un bon Entertainer, avec juste une lumière et un geste avec son chapeau il savait mettre le feu sur scène. Parfois, il ne suffit pas de grand-chose pour faire voyager les gens. Je le vois à chaque fois quand je vais aux Etats-Unis, j’adore Kevin Hart il a une énergie et un talent monstrueux, il a cette facilité pour transporter le public dans son univers.

Je suis aussi de l’ancienne école, je me suis beaucoup inspirée des sketches d’Elie Kakou. Il dansait et se faufilait dans la peau de plusieurs personnages. Il avait fait un spectacle au Cirque d’Hiver avec des animaux, il est allé loin dans la performance et c’était il y a une vingtaine d’années….Nous, on essaie juste de mettre ça au goût du jour mais on a rien inventé.

Quels sont vos projets en Algérie ?

Ces deux derniers mois j’y suis allée sept fois. J’ai une résidence en Algérie. J’ai l’ambition de faire des choses dans mon pays. J’essaie de créer un tremplin de nouveaux humoristes arabophones en Algérie et dans le reste du Maghreb. Je pense que c’est un devoir d’aider de nouveaux comiques à se faire connaître. Je suis en train d’analyser la demande sur place, j’ai déjà rencontré pas mal de personnes (humoristes, producteurs, responsables de théâtres et ministre de la Culture) qui sont prêtes à me suivre. Je ne sais pas encore sous quelle forme ça sera : une émission TV ou des scènes ouvertes dans des théâtres. J’ai envie d’aider mon pays et favoriser la carrière de d’autres humoristes. L’ambition et l’énergie y sont. J’aimerais également créer une école ou un comedy bar à l’américaine. Il y a de très beaux théâtres en Algérie, que ça soit à Alger ou à Oran. Constantine a récemment créé une très belle salle. J’essaie de voir les théâtres sur place pour créer des échanges francophones et arabophones, une programmation où des humoristes maghrébins viendraient se représenter à Paris et inversement. Je pense à ce projet depuis quatre ans et ça fait un an que je fais des allers-retours entre l’Algérie et la France dans ce but.

J’ai également écrit mon premier scénario qui va être tourné à la rentrée. Il parle de l’histoire d’une jeune fille qui part à la conquête de la fierté de son père. J’aimerais qu’une partie soit tournée en Algérie. J’ai envie de mettre en valeur mon pays.

Depuis un an, j’ai eu de belles propositions de rôle au cinéma, j’essaie donc de trier pour faire les bons choix.

Je suis en train de préparer un nouveau spectacle en arabe. J’ai d’ailleurs présenté une partie au Festival Algé’Rire. Ce n’était pas du tout prévu, j’ai fait un cadeau au public : j’étais à Oran et j’ai fait la route jusqu’à Alger pour le présenter gracieusement au public algérois. Dans ce nouveau spectacle, je parle de mon enfance en Algérie. Il y a par exemple un sketch dans un rayon de lingerie où le vendeur est un frère musulman.

Quand vous avez annoncé à vos parents que vous vouliez être humoriste, quelle a été leur réaction ?

Ils ont eu peur pour moi car c’est un métier à risques, on est sous les feux des projecteurs. Et puis nous n’avons pas évolué dans ce milieu donc ils ont craint que je m’éloigne des valeurs et principes qu’ils m’ont transmis. A partir du moment où j’ai été fidèle à ce lien de transmission, j’ai eu l’aval de mes parents.

Un an et demi après le début de « C’est moi la plus belge », Vous avez fait salle comble à l’Olympia, pendant trois dates d’affilées. Vous attendiez-vous à cette fulgurante ascension ? Est-ce votre plus beau souvenir sur scène ?

Je ne m’y attendais pas du tout. Faire l’Olympia après un an et demi c’était quelque chose d’exceptionnel et inattendu, souvent les artistes se représentent six, sept ans après à l’Olympia tandis que d’autres ne l’ont jamais fait. Avant de monter sur cette scène mythique, j’ai eu un trac pas possible. Les cinq dernières minutes de mon spectacle, je n’ai pas pu les faire car j’étais en pleurs, je voyais mes parents pleurer dans la salle. J’ai lâché prise c’était très compliqué de finir le spectacle. A ce moment-là, j’ai senti la fierté de mes parents et je me suis remémorée tout le chemin parcouru avec toutes ces années de galère. Et c’est indéniablement mon plus beau souvenir sur scène.

Adolescente vous étiez un vrai garçon manqué. Est-ce la scène qui vous a métamorphosée ?

Le background et l’expérience forgent. Quand vous tombez et vous vous relevez, vous développez une force. J’ai une foi en Dieu qui est extraordinaire et puis, j’ai la chance d’avoir des personnes qui m’aiment et que j’aime autour de moi. J’ai arrêté de me juger pour être en paix avec moi-même. J’essaie d’être fidèle à ce que je suis dans la vie de tous les jours. Je suis un livre ouvert je ne sais pas faire semblant. A partir du moment où j’ai pu parler avec mes parents et leur dire ce que je voulais faire, j’ai cassé cette barrière de non-dits et de tabous. Ils m’ont transmis les armes pour lutter dans cette vie car un moment donné il y a cet instinct de survie. Ils ont traversé la méditerranée, sont venus et se sont construits par eux-mêmes. Ils m’ont donnée tout ce qu’ils avaient pour que je réussisse. J’ai toujours eu ce souci de mémoire et ce désir de fidélité par rapport à tous ce qu’ils m’ont transmis. Quand on est conscient de ce que l’on nous donne c’est la plus belle arme pour aller de l’avant. Je trouve malheureux que certains ne se rendent pas compte de la chance qu’ils ont. Quand je vais en Algérie et je vois des humoristes qui n’ont pas la possibilité de faire ce qu’ils aiment, je me rends compte de ma chance. Je peux jouer dans n’importe quel théâtre à Paris.

Mon père m’a dit un jour « J’ai grandi avec toi ! ». J’ai pris la main de mon père et je l’ai amené avec moi en tournée. Mes parents sont venus avec moi en Algérie, ils m’ont vue jouer. J’implique c’est comme dans tout il faut communiquer. Il y a une certaine pudeur chez nous qu’il faut respecter, parfois il ne faut pas parler, il faut juste vivre des expériences ensemble. Nos parents n’ont pas forcément eu le temps de vivre des choses, ils étaient dans une bataille quotidienne pour nous nourrir et nous offrir la meilleure éducation possible. C’est pourquoi Notre devoir est de les accompagner et vivre des expériences ensemble. Il y a beaucoup de parents avec leurs enfants dans le public. Ça passe par la culture. S’il y a des guerres c’est parce que les pays veulent préserver leurs cultures. Nous, les enfants d’immigrés nous avons une double culture et il faut l’assumer, c’est un enrichissement. Et mon devoir est d’aller en Algérie pour parler de mon enfance en France issue de l’immigration et vice-versa. Je suis le pont entre ma culture et le reste de la France. J’ai appelé mon spectacle « c’est moi la plus belge » car j’ai tout de suite voulu montrer que j’avais une autre histoire. Je viens de Belgique, je n’ai pas connu les débats sur l’identité nationale et l’immigration. J’ai grandi dans une résidence pavillonnaire, il n’y a pas d’HLM, comme dans les banlieues françaises.

Dans les deux années à venir, quel(s) rêve(s) aimeriez-vous voir se réaliser ?

Mon plus beau rêve serait d’accomplir des choses en Algérie. Si j’arrive à aller au bout de mes ambitions, faire découvrir d’autres humoristes et la grandeur de mon pays, je pourrai être fière de moi. C’est un peuple qui m’inspire, j’ai beaucoup de personnages qui sont issus de l’Algérie. J’aimerais me dire que dans deux ans, j’ai monté mon théâtre ou un festival en Algérie. A chaque fois, que je vais là-bas j’ai une grande frustration car les gens me disent « c’est bien que vous soyez venue, la dernière fois que j’ai vu un spectacle c’était il y a un an ». A Paris, il y a 260 spectacles par soir alors qu’en Algérie il y en a très peu. Ils ont le droit de rire aussi. Il y a de très beaux théâtres et ils sont vides tout au long de l’année, ce n’est pas normal. J’aimerais créer une tournée Maghreb United où des artistes tunisiens, marocains et algériens se présenteront dans tout le Maghreb. L’histoire du divertissement en Algérie est à écrire. Je me bats pour cela aujourd’hui .Le fait que j’ai gagné le Globe de Cristal du meilleur one-man show en Avril, que j’ai fait trois dates à l’Olympia, on m’écoute plus. Je veux voir des spectacles pour enfants, pour personnes âgées, des pièces de théâtre, on a une histoire très riche qu’il faut mettre en avant. Tout est à construire au Maghreb. On est un pays du conte, de la narration, on est des « rirologues ». Le message qui est véhiculé aujourd’hui c’est la terreur et la peur, il est temps de montrer que nous sommes un peuple qui vit par le rire.

Nawell Madani, une humoriste qui claque!
Commenter cet article

sofia 04/11/2016 16:54

un interview qui nous fais découvrir cette artiste de prés

brouna 31/05/2016 15:22

personnellement je la connais pas , elle l 'air talentueuse , en plus elle est belle :)

patricia 25/05/2016 14:45

Elle ose tout et c'est ce que ses spectateurs adorent.Elle est belle, marrante, généreuse et, en plus, elle est Belge.

amélie 07/04/2016 16:49

je viens de la découvrir elle est talentueuse

emma 22/10/2015 16:43

j'ai essayé de chercher son nom sur you tube et vraiment c'était une découverte moi ! elle a du talent ! bonne continuation !
http://www.softesthetique.com/liposuccion-tunisie.php