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L'art de la parole écrite

Articles, interviews, portraits

Christine Kelly: Une femme d'influence au service des autres!

Publié le 25 Février 2016 par Maya Meddeb

« Une volonté d’agir qui émane du profond de mon être et qui, me semonce de prêter attention, par-dessus tout, à mes envies, à mes rêves, en m’intimant de ne jamais m’écarter de la seule voir qui vaille la peine d’être suivie, celle que je me suis choisie. D’aller là où, souvent, personne ne m’attend. »

Cette phrase, tirée de son autobiographie « Invitée surprise » (Editions du Moment) résume à elle-seule le parcours de Christine Kelly. Chacun de ses pas a été jalonné d’une détermination sans faille et d’une propension au travail remarquable, qui, aujourd’hui, fait d’elle une des femmes les plus influentes des médias français.

Première femme noire à présenter le journal télévisé sur une chaîne nationale (LCI, le 17 février 2000), première personnalité issue de l’Outre-Mer et la plus jeune à être nommée en 2009, à l’âge de 39 ans au Conseil Supérieur de l’audiovisuel (CSA), Christine Kelly marque de son empreinte l’histoire des médias. Elle entame un nouveau chapitre avec la création d’un Musée européen des Médias dont l’ouverture des portes est prévue en 2019, à Saint-Denis.

Ce projet, inédit en France, a l’ambition de devenir une vitrine de l’exception culturelle française à travers le fonctionnement et l’histoire des médias.

Décorée de l’Ordre national du Mérite en 2010, Christine Kelly est avant tout une femme engagée, pour qui, « réussir » signifie « être au service des autres ». Présidente de la fondation K d’Urgences venant en aide à des milliers de familles monoparentales, Christine Kelly a créé la première charte de la monoparentalité en entreprises.

En somme, Christine kelly est une femme de courage qui agit, ose, résiste, persévère, avance, aide, innove, développe et fédère.

A la lecture de votre autobiographie (« Invitée Surprise ») lorsque vous racontez vos premiers pas en tant que présentatrice TV, sur les chaînes locales « Archipel 4 » puis « RFO », ce qui interpelle c’est votre faculté à transformer un Non en Oui : vous n’hésitez pas, par exemple, à interpeller une élue du Conseil Régional de la Guadeloupe pour qu’elle vous accorde une bourse pour une formation à l’Institut National de l’Audiovisuel (INA), ou faire plusieurs allers-retours Pointe-à-Pitre - Bordeaux pour convaincre l’Institut de journalisme de Bordeaux de vous intégrer en année spéciale (formation d’un an).

Par manque de choix, vous avez choisi la voie la plus directe, celle de l’audace ?

Mes parents n’avaient pas les moyens de me financer une formation qui coûtait chère à l’époque.

Je savais ce que je voulais. Je considère que quand on s’arrête au « Non » dans la vie, on n’avance pas. Je dis souvent : « La vie commence à partir du moment où on vous dit Non ». Transformer un Non en Oui c’est l’essence même de la vie, il faut savoir résister et se battre pour obtenir ce que l’on veut.

L’audace est la clé de ma sobre réussite. Chacun a son destin, son chemin de vie, il y a certaines personnes qui avancent plus vite que d’autres. En ce qui me concerne, je n’ai avancé que par audace et courage, rien ne m’est tombé du ciel. J’ai toujours dû me battre pour décrocher mes cadeaux de vie.

Le combat pour l’égalité homme-femme a un bel avenir devant lui.

Dans « Invitée Surprise », vous déclarez « Quand on est femme, on doit travailler deux fois plus pour prouver ses compétences, je l’ai testé. Quand on est noire, on doit travailler deux fois plus pour prouver ses compétences, je l’ai testé ».

Avez-vous travaillé quatre fois plus qu’un homme pour arriver là où vous êtes ?

Exactement. On doit travailler quatre fois plus qu’un homme : d’une part, parce que nous sommes typées et d’autre part, parce que nous sommes femmes. On doit prouver en permanence nos compétences, qu’on est capable DE. La définition de la Femme c’est de prouver qu’elle est capable. Pour toutes les professions dites féminines, assistante sociale ou infirmière par exemple, le problème ne se pose pas. Par contre, pour toutes les autres professions qui sont exercées bien souvent par un homme (journaliste, médecin), la femme doit prouver ses compétences. Tout cela est lié aux préjugés qu’on a sur les femmes et sur les personnes de couleur. La société française ne laisse pas avancer naturellement la femme par rapport à un homme. Regardons les postes à responsabilité ce sont des hommes, les patrons du CAC 40 ce sont des hommes…. C’est l’inconscient collectif qui crée cet écart de représentativité entre les hommes et les femmes. Mais il y a également le revers de la médaille où parfois ce sont les femmes qui n’osent pas, elles s’infligent à elles-mêmes des barrières. Le livre de Scheryl Sandberg, numéro 2 de facebook évoque les difficultés des femmes pour s’imposer. Elle les invite à aller de l’avant, leur reprochant de ne pas oser, de s’autocensurer avant même d’avoir tenté leur chance.

Ces discriminations vécues par vous et/ou votre entourage professionnel, vous ont incitée à faire avancer la cause des Femmes : que ça soit au CSA où vous avez œuvré pour une meilleure couverture médiatique du sport féminin (création de la Journée « 24h du Sport féminin ») ou à travers votre association K d’Urgences venant en aide aux familles monoparentales, « premières victimes de la pauvreté dont 85% sont des femmes ».

Pour vous, la réussite sociale n’a de la valeur que si elle est au service des autres ?

C’est ma façon de voir la vie. Je considère qu’on ne peut pas avancer dans la vie si on n’aide pas son prochain. Quand je présentais le journal, j’ai aidé des personnes à comprendre le monde qui nous entoure. Quand j’étais au CSA et que j’ai permis le sous titrage des programmes pour les sourds et malentendants, j’ai aidé des personnes. J’avance c’est mon travail, mais au bout de la chaîne, je pense toujours à la personne que je peux aider. Je vois mon avancée professionnelle à travers le prisme des autres. Après ma mort, j’aimerais qu’on dise une seule chose de moi : « J’ai été utile ».

Le militantisme et le journalisme sont-ils compatibles ?

Pour moi, on ne peut pas être journaliste sans être engagé. Quand je présentais le journal, parfois j’avais des frissons en donnant une information, parfois j’avais envie de descendre dans la rue pour revendiquer, parfois j’étais révoltée. Le journalisme pousse à l’engagement. Chaque journaliste, par son éducation et expérience personnelle, donne son verbe et ses gestes à l’antenne : il y a donc forcément une imprégnation personnelle de l’information. On peut être à la fois sensible et impartiale. Quand j’écris le livre sur l’affaire Flactif, je me suis obligée à être impartiale pourtant j’étais émotionnellement touchée. Mais il n’y a pas un mot dans mon livre qui prend parti pour Flactif qui s’est avéré être la victime ou Hotyat, le coupable. Un journaliste doit savoir pourquoi il est sensible par telle ou telle information notamment pour traiter la hiérarchisation des informations mais il doit rester totalement impartial quand il s’adresse au public.

Préférez-vous être connue ou reconnue ?

Je n’ai jamais été attirée par le « star system » et la « peopolisation ». Par contre, être reconnue professionnellement par rapport à mes compétences, c’est très important. Ce qui me fait plaisir c’est quand on me dit : « Good job ! ». J’aime travailler sur plusieurs projets, travailler 7/7 jours, c’est un bonheur pour moi. Ce sont mes parents qui m’ont transmis ces valeurs de travail, de combat et le goût des choses bien faites.

Le 28 novembre dernier, le Grand Prix de la « conscience Noire » vous a été décerné, suscitant la polémique. Le terme « Conscience noire » sous-entend qu’il y a une race dans la conscience humaine, allant dans le sens des propos tenus par Nadine Morano. Rappelons que La loi supprimant le mot « race » de la législation n’est toujours pas passée devant le Sénat.

A titre personnel, comment avez-vous accueilli ce prix ?

C’est une association africaine qui m’a décerné ce prix et je leur ai dit « Merci ». Je pense que la conscience noire signifie : est-ce que tu avances avec tes compatriotes ? Est-ce que tu avances et aides tes compatriotes ? Est-ce que tu avances en étant consciente de qui tu es, d’où tu viens ? Je l’ai accueilli le plus sainement possible dans une société où ma communauté est en minorité, souvent en difficulté. Je me déplace à chaque fois quand on me décerne un prix ou lorsque l’on me sollicite pour être marraine d’un évènement. Notre communauté a besoin de repères, d’identités, de personnes qui font avancer. C’est important que des jeunes puissent avoir un exemple positif et si un moment ou un autre, je peux être cet exemple positif, je ne vois pas pourquoi je dirai non. Je serai toujours là pour encourager la communauté noire dont je suis issue. Si je peux encourager des jeunes étudiants, comme dernièrement aux Antilles et bientôt à l’école de journalisme ESJ-Paris, je le fais. J’aime encourager les communautés de journalistes, les communautés Antillaises et les communautés Noires. Et si un jour on me remet le prix de la conscience journalistique, je dirai Merci.

Quel est le moment le plus fort que vous avez vécu à l’antenne ?

C’est la mort du journaliste Patrick Bourrat. C’était notre collègue à LCI et j’ai dû annoncer son décès à l’antenne. Il a été écrasé par un camion en Irak, une mort horrible. On a pris le temps d’appeler la famille avant de l’annoncer à l’antenne. Je prends cet exemple car aujourd’hui on ne prend pas le temps de prévenir la famille. Il y a un autre moment très fort. J’avais pleuré à l’antenne suite à la perte de mes jumeaux à six mois de grossesse. Plus le journal défilait et plus mon émotion était forte. A la fin du journal, j’étais effondrée en larmes. J’avais reçu énormément de bouquets de fleurs de la part des téléspectateurs, ça m’a beaucoup touchée.

Quelle est votre plus grande fierté ?

Je suis très fière de tous mes combats au CSA : la lutte contre l’obésité, le sous-titrage des programmes pour les sourds et malentendants, la baisse du volume sonore de la publicité, la citation des réseaux sociaux Facebook et Twitter. Je suis fière de tous ces dossiers qui ont été laborieux et difficiles à mettre en place. J’ai appris à travailler en collaboration avec des ministères, des associations, des personnes qui n’ont pas forcément le même point de vue, à trouver des compromis avec toujours ce but final, aider les autres.

En janvier 2015, plus de 450 personnalités (hommes politiques, patrons de chaînes de télévision, secrétaire Adjoint à l’ONU) assistent à la présentation officielle de votre projet « Le Musée Européen des Médias ». Un comité d’experts, de pilotage et de personnalités des médias ont été créés pour mener à bien ce projet.

Etes-vous surprise par votre faculté à fédérer autant de personnes autour d’un projet culturel de cette envergure ? (Budget de 80 millions d’euros, Superficie de plus de 8000 m2 comprenant des studios d’enregistrement-plateaux TV, salles de projection, Masters Class, expositions permanentes et temporaires…)

Je n’arrive pas à me voir comme je suis, c’est souvent en entendant les autres que je réalise qui je suis. J’ai demandé à toutes ces personnes de venir assister à la soirée du projet de lancement du Musée européen des Médias. J’étais très heureuse qu’elles aient toutes répondu favorablement. Je me suis engagée devant tout le monde à trouver un lieu quatre mois après la soirée de lancement : le musée des médias sera à Saint-Denis. L’année 2016 c’est l’année de levée de fonds, le budget est de 80 millions d’euros. Je lance un appel à tous ceux qui veulent soutenir ce musée des médias en France à venir aider financièrement ce projet. Je ferai appel à des mécénats culturels, des entreprises, des médias….

Comment vous est venue l’idée de créer un Musée Européen des Médias ?

Pendant tout mon parcours que ça soit en tant que présentatrice, journaliste, animatrice TV, reporter dans le public, dans le privé, au CSA, je me suis rendue compte que personne ne connaissait l’audiovisuel français. En France, il y a 200 chaînes et 900 radios : le pouvoir de cette exception culturelle française permet de financer le cinéma, les clubs de sport amateurs, les radios associatives…. Les gens qui en ont marre de la publicité ne savent pas forcément qu’elle permet de financer les crampons d’un petit jeune qui joue au football. Je pense que tout le fonctionnement de l’audiovisuel français doit être expliqué aux gens. Au-delà de l’aspect pédagogique, le second objectif est de créer un point de rencontres et d’échanges entre deux mondes qui ne se croisent jamais : les téléspectateurs et les patrons de chaînes. Je veux également faire de grandes expositions, par exemple créer une recomposition du plateau de la série TV « Versailles » sur Canal +.

Le 21 novembre lors de la journée mondiale de la télé, j’ai fait une journée « Education aux Médias » où des professionnels (présentateurs, patrons de chaîne, patron de Médiamétrie) sont venus discuter avec le grand public. Il y a eu 700 personnes. Ruth Elkrief (journaliste BFM TV) par exemple a expliqué comment elle vivait le terrorisme dans la rédaction de BFM, son témoignage a été poignant d’émotions. C’était une semaine après les attentats du 13 novembre. J’aimerais mettre en place cette journée « Education aux Médias » en Afrique.

Vous avez été nommée par Hollande « Ambassadrice de l’Euro 2016 ». Quel sera votre rôle ?

Quand F. Hollande m’a nommée « Ambassadrice de l’Euro 2016 », j’ai été agréable surprise. C’était dans la grande ligne du « 24 heures du Sport féminin » que j’ai créé. Nous serons 11 ambassadeurs. Monsieur Hollande m’a demandé de rassembler les femmes autour de l’Euro 2016. Nous avons une réunion d’actions le 29 mars prochain pour réfléchir à la manière dont on va agir pour fédérer autour de l’Euro 2016.

Quel est votre rapport avec la Guadeloupe ?

Mon cœur bat en Guadeloupe puisque c’est là-bas que je suis née. J’y vais très régulièrement. Dès sa sortie en librairie, je suis allée en Guadeloupe pour signer mon livre « Invitée Surprise ». Je sais d’où je viens, je suis née entre deux cocotiers en Guadeloupe. Elle sourit. J’appelle presque tous les jours ma famille là-bas. Il se peut qu’il y ait Un lycée en Guadeloupe qui porte mon nom, c’est en train d’être décidé. La Guadeloupe me porte, m’apporte et je veux garder cet échange permanent avec ma terre natale.

Christine Kelly: Une femme d'influence au service des autres!
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amélie 07/04/2016 16:43

c'est vrai elle a une carrière qui mérite tout le respect