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L'art de la parole écrite

Articles, interviews, portraits

« The Wrong Kind of War », le nouvel album d’Imany !

Publié le 25 Novembre 2016 par Maya Meddeb

 

Après le succès de son premier album « The Shape Of A Broken Heart » et le titre « You will never Know » qui l’a fait connaître du grand public, Imany revient avec un nouvel album. Plus engagé que le précédent, « The Wrong Kind of War » lie l’intime et l’universel avec beaucoup de sens et de spiritualité. Dans les bacs depuis le 26 août, « The Wrong Kind of War»,  est l’album de la maturité : Devenue maman en novembre dernier, et ce malgré qu’elle soit atteinte d’endométriose, Imany insuffle courage et espoir dans sa musique, des valeurs qui la caractérisent.

Le titre planétaire "Don't be so shy" remixé par le duo Filatov & Karas, vu plus de 145 millions de fois sur youtube, figure en titre bonus sur ce nouvel album.  

Vous revenez avec un nouvel album « The Wrong Kind of War ». Comment est né ce projet ?

Après le premier album, nous avons fait une longue tournée où je n’ai pas cessé d’écrire.  On a fait trois résidences d’écriture au Sénégal pour avoir plus de chansons mais c’est vraiment un album qui a été fait sur la durée. On a écrit une soixantaine de chansons en cinq ans.

Quelles ont été vos sources d’inspiration pour écrire cet album ?

Il y a des histoires qui sont ancrées dans ma propre vie, d’autres sont empruntées à celles de la vie des autres, à ma vision du monde aussi et certaines sont complètement imaginées.

 Pourquoi avoir choisi ce titre ?

« The Wrong Kind of War » est aussi le titre d’une chanson de l’album. C’est le constat d’échec d’un couple qui s’est battu un peu trop fort pour des mauvais combats. Au lieu de se battre pour le bonheur de l’un et l’autre, ils se sont battus pour des choses qui ne comptent pas. Ce titre est universel et transposable au contexte actuel, à un constat politique, social et émotionnel car à la base c’est un combat avec soi-même que nous devons mener. 

C’est un album à la fois intimiste et universel où vous abordez des sujets comme l’amour «No reason no rhyme », «  I used to cry » mais aussi des sujets sociétaux comme « Save our soul » qui est un cri d’amour contre la violence télévisuelle et « The Rising Tide » qui aborde le déni collectif face aux problèmes environnementaux. En quoi votre propre parcours vous a amenée à cette forme d’engagement dans votre musique ?

Je crois que j’ai toujours été comme ça. D’abord, j’ai eu un père qui était très politisé, impliqué dans plusieurs associations, il suivait de près la politique aux Comores. Mon père n’a jamais dévoré des romans mais des bouquins politiques, des biographies d’hommes politiques, il connaît très bien la géographie du monde. J’ai donc été baignée dans cet univers. Quand j’étais petite, j’imposais à mes parents de s’arrêter en voiture pour ramasser les papiers qu’ils avaient jetés par terre. C’est l’histoire préférée de mes parents pour dire que j’étais une vraie casse-pied. J’ai toujours été sensible à tout ce qui était injuste, ça fait partie de mon identité.  Les chansons d’amour dans le second album sont plus engagées : ce n’est pas parce qu’une femme au delà de 30 ans est célibataire et sans enfant qu’elle a raté sa vie. Tout est une forme de militantisme, la musique également, tout dépend de ce que l’on dit.

Avec les attentats qui touchent la France, c’est difficile de rester optimiste. Comment faire pour garder foi en l’avenir face à ce sentiment d’impuissance ? (Imany veut dire « foi » en swahili)

J’essaie de garder les pieds sur terre. On va bientôt faire un concert en Turquie, mes musiciens ont peur car il y a eu onze attentats cette dernière année. Il faut se rendre compte de la chance qu’on a de se lever tous les matins sans se demander si on va réussir à survivre la journée. C’est horrible les attentats en France, mais comparé à la situation en Syrie où c’est tous les jours qu’il y a des bombes…on s’en sort plutôt bien : derrière il y a un suivi médical et psychologique, les gens n’auront pas à prendre un bateau pour traverser la méditerranée. Et puis, il ne faut pas se focaliser sur le négatif. Ca peut paraître bête, mais si on était tous des barbares, on s’entretuerait.

Certains souhaiteraient que les musulmans de France descendent dans la rue pour se désolidariser de ces terroristes et manifester leur amour à la France. Qu’en pensez-vous ?

Je trouve ça débile. On ne va pas demander à tous les chrétiens de se désolidariser des pédophiles alors qu’il y a surement eu plus de victimes de pédophilies que de terrorisme dans l’histoire de la chrétienté. On ne demande pas à tous les hommes de défiler pour tous les viols commis en France et pourtant il y a une femme violée toutes les quarante minutes. Je ne vois pas pourquoi un milliard de musulmans dans le monde devraient s’excuser pour une minorité de tarés.

Selon vous, les gens ne devraient plus regarder la télévision ?

Je suis mariée à un homme qui la regarde beaucoup, à mon grand désarroi. Je pense que ceux qui sont à la tête des médias devraient avoir plus de responsabilités, mais comme le nerf de la guerre c’est l’argent, ils ont besoin de faire de l’audimat, et pour cela, ils tombent dans le sensationnalisme. L’information c’est important mais aujourd’hui les images sont tellement choquantes qu’il y a un risque d’être anesthésié face à ce type d’images mais surtout on est envahi par un sentiment d’impuissance qui est terrible. Et donc ça crée cette ambiance générale de méfiance et de dépression. Donc oui, il faut arrêter de regarder la télévision et cela permettrait sûrement de faire plus attention à son voisin.

Le titre « There were tears », présent dans votre EP sorti en avril, est une discussion imaginée entre Nelson Mandela et la génération actuelle. S’il était encore vivant, quel serait son message ?

Les jeunes d’aujourd’hui ne connaissent pas Nelson Mandela, ils l’assimilent à un personnage qui est sur un tee-shirt. Si Nelson Mandela racontait son histoire, le combat de sa vie pour la liberté et les droits des autres, une cause qui l’a fait prisonnier pendant 26 ans mais qui au bout a été une victoire avec l’abolition de l’apartheid, ça donnerait de l’espoir à la jeunesse actuelle. Il dirait à cette jeunesse « n’acceptez pas ce qui est inacceptable, résistez ! »

Les plus belles chansons d’amour sont souvent les plus tristes. Les vôtres le sont également. Pourquoi ? On ne peut pas être heureux en amour ?

Bien sûr que l’on peut être heureux en amour. Comme je dis souvent, il faut embrasser plusieurs crapauds pour embrasser son prince. Cela veut dire que l’on souffre jusqu’à ce que l’on rencontre le bon, mais après il faut se regarder en face et se dire que c’est nous qui les avons choisis. On en revient au combat avec soi-même « The Wrong Kind of War ». Si un homme vous traite mal, il ne faut pas rester avec. J’aime la citation de Anna Gavalda qui dit « c’est magnifique de souffrir quand on est en bonne santé ». Il n’y a que les morts qui ne souffrent pas. Les chansons d’amour relient les êtres humains, il y a quelque chose de commun : on a tous souffert en amour, donc il y a quelque chose d’universel, j’ai le cœur brisé, vous savez de quoi je parle même si vous ne connaissez pas mon histoire, ma chanson vous rappelle la vôtre.  Mais ce n’est pas la définition de l’amour, c’est la définition du « non amour » ou de la fin de l’amour. Aujourd’hui, je suis heureuse et amoureuse.

D’où vient cette mélancolie dans votre voix ?

Je pense que la voix a un rapport avec ses ancêtres. Quand on parle c’est toujours le poids de ses ancêtres qu’on amène avec soi. Et puis, j’ai toujours eu un complexe avec ma voix. Depuis que je suis petite, j’ai une grosse voix. C’est peut être cette fragilité que les gens entendent. Aujourd’hui, encore, j’ai appelé mon opérateur téléphonie et j’ai dû donner un tas de justificatifs car il ne croyait pas que c’était moi, il pensait que j’étais un homme. Elle rit.

Votre nouvel album sort cinq ans après votre premier. Dans la préface de votre album, vous avez dit que le « 5 » est votre chiffre fétiche. Qu’est ce qui s’est passé de marquant avec ce chiffre ?

Mon fils est né le 5 novembre 2015 à 23h50, à quelques minutes près, il aurait pu naître le 6. Elle sourit. Je suis moi-même née à 5. J’aime bien la symbolique de ce chiffre.

Qu’est ce que la maternité a changé chez vous ? 

Plein de choses, mon corps et ma résilience à la fatigue, déjà. Elle rit. Quand vous avez un être qui vous aime, purement et à 100% ça change complètement tout. Je ne me préoccupe plus des futilités.  Je n’ai plus peur que les gens me rejettent, qu’ils me jugent parce que j’ai des cernes ou autres. Je vais à l’essentiel car je n’ai pas le temps. Ce nouveau « moi » me plaît bien.

Comment alliez-vous votre métier d’artiste avec votre rôle de maman ?

Mon fils a déjà pris 15 avions en huit mois. Sinon, ma mère le garde quand le voyage est trop fatiguant. Je l’ai allaité jusqu’à ses sept mois. Ce qui est difficile c’est de ne pas le voir pendant quinze jours. Un enfant a besoin de voir sa mère et réciproquement. Je préférerai être à la maison, je crois que je suis une femme au foyer contrariée.

Ambassadrice de l’association « Endomind », vous menez régulièrement des campagnes  de sensibilisation contre l’endométriose, maladie qui concerne une femme sur dix. Comment expliquez-vous qu’on en parle si peu ?

Il va avoir une campagne nationale contre l’endométriose qui a été votée par le ministère de l’éducation nationale et de la santé. On s’est battus pour cela. Le slogan sera « les règles c’est naturel, pas la douleur ! ». Nous avons plusieurs partenaires, Havas va faire la campagne gracieusement. Il y avait un tabou à ce sujet car les femmes atteintes d’endométriose n’en parlent pas, parce que la douleur fait partie de l’inconscient collectif et c’est cet aspect là qu’il faut désamorcer. L’endométriose ce n’est pas uniquement des règles douloureuses, c’est des fatigues chroniques avant et après les règles, c’est souvent des menstruations abondantes, des douleurs qui vous clouent au lit. L’endométriose précarise des femmes dans le monde du travail. C’est une maladie qui a été découverte en 1850 mais pour on ne sait quelle raison, personne ne s’y intéressait. Le corps médical n’est pas formé, il n’y a pas d’études scientifiques, pathologiques de cette maladie donc on ne sait pas si la cause est environnementale, hormonale ou génétique. Il y a une endométriose par femme, chaque cas est différent.

Vous êtes devenue chanteuse sur le tard. Pour quelle raison ?

J’ai toujours eu envie d’être chanteuse mais j’ai été élevée dans un contexte où ce n’était pas possible, c’était réservé aux autres. J’aurais pu dire : « je veux aller sur la lune », ça aurait été la même chose. Mes parents sont venus en France à l’âge de vingt ans, mon père était militaire, ma mère, femme au foyer. Personne autour de moi n’avait réussi dans la musique. Je vais vous faire une confidence, je suis devenue mannequin à l’âge de dix sept ans sur un coup de chance. Quand j’ai été repérée dans le métro, mon père était au Kosovo. Je lui demande l’autorisation mais il y avait une très mauvaise connexion téléphonique. Il me dit « oui » sans avoir entendu ma demande. Six mois après quand il est revenu, j’étais déjà bien installée. Après le 11 septembre, les mannequins à New York étaient dans une situation précaire. J’ai donc dû travailler comme les autres en tant que serveuse et hôtesse pour payer mon loyer. Je me suis rendue compte que je travaillais comme un dingue et je me suis dit : «  ma vie ne peut pas être celle-là ». J’ai élargi mes horizons, j’ai commencé à prendre des cours de chant et j’ai ensuite intégré un circuit dans la musique. J’ai appris à écrire des chansons de manière totalement autodidacte.

Est-il vrai que c’est en écoutant Tracy Chapman que vous êtes lancée dans une carrière de chanteuse ?  

Non, J’ai découvert Tracy Chapman dans les années 80. Quand j’ai entendu sa grosse voix, je me suis sentie moins seule. Elle m’a permis de me dire que malgré ma grosse voix, je peux aussi devenir chanteuse. Je vais la voir à tous ses concerts en France.  

Quel est votre meilleur souvenir sur scène ?

Il y en a plein, j’ai fait 370 dates en tout.  J’ai de la chance j’ai un super public partout où je vais. Disons que le plus récent c’est mon concert en Mai à Sofia.  C’était la première fois que je jouais en Bulgarie, mes disques ne sont pas distribués mais grâce à des titres comme « I will never know » qui étaient numéro 1 dans la région, je savais que ça allait bien se passer mais je ne pensais pas à ce point là. Le public connaissait toutes mes chansons par cœur du début à la fin. Mon public est plus jeune dans les pays de l’Est qu’en France. Il y avait une énergie extraordinaire. Avant de monter sur scène, j’étais fatiguée, je me sentais coupable de ne pas être avec mon enfant. Après ces deux heures de concert, j’ai compris pourquoi je faisais tous ces sacrifices. J’ai pleuré sur un des titres tellement que j’ai été submergée par cet amour du public.  

 

 

« The Wrong Kind of War », le nouvel album d’Imany !
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